Khadija Al-Salami, réalisatrice et écrivaine, invitée d'honneur du Festival 2019

Née en 1970 dans un milieu modeste au Yémen, Khadija Al-Salami est mariée très jeune, mais se rebelle et quitte son mari, avec pour conséquence d’être répudiée par sa famille. Seule sa mère, divorcée elle-même, la soutient, obligée de vendre tous ses biens pour rembourser la dot de sa fille. Elle réussit à aller à l’école les matins en travaillant les après-midis, notamment pour la radio et la télévision locale. A 16 ans, elle décroche son BAC ainsi qu’une bourse pour aller étudier aux États-Unis, où elle obtient un Master en production et direction de films à l’Université de Washington.

 

Elle vit ensuite à Paris où, après avoir travaillé comme attachée culturelle à l’ambassade du Yémen, elle dirige le Centre de Communication et Culture du Yémen, pays où elle retourne plusieurs fois par an, pour filmer des documentaires et pour dénoncer. « Une étrangère dans sa ville » (2006), primé au festival de Beyrouth, suit une petite fille, rebelle et garçon manqué, faisant du vélo dans les rues de Sanaa. « Amina » (2015) est l’histoire authentique d’une prisonnière adolescente, condamnée à mort pour avoir tué son mari. Pour être au plus près de la jeune femme, Khadija Al-Salami se cache dans la prison et passe plusieurs jours avec les détenues. Citons encore « Le Cri » (2013), dans lequel la cinéaste suit quatre femmes ayant pris part aux revendications au Yémen lors des « printemps arabes », ou « The Destructive Beast » (2011), qui traite de la corruption. A ce jour, elle a réalisé vingt sept documentaires.

 

« Moi, Nojoom » a obtenu une vingtaine de distinctions internationales, dont le Prix du Meilleur Film au festival de Dubaï, ainsi que 2 Totems d’Or au FFO (Festival du film de l’Outaouais).

 Khadija Al-Salami a également co-écrit, avec son mari Charles Hoots, « Pleure, ô reine de Saba ! » qui retrace son histoire ainsi que celle de son pays.

 Elle a créé « My Future », une association soutenant le droit à l’éducation des filles yéménites.

 Elle a obtenu de nombreuses distinctions (Légion d’Honneur, Chevalier des Arts et des Lettres, Prix de la Fondation Prince Klaus…), et elle est régulièrement citée comme l’une des femmes arabes les plus influentes dans le monde.

 

« Quand j’étais petite, ma grand-mère me répétait tout le temps qu’une femme est née pour deux choses : soit être enterrée, soit être mariée. Et c’était pourtant une femme forte, tout le monde avait peur d’elle ! Mais c’était dans son éducation de croire que les femmes étaient inférieures. »                            Khadija Al-Salami.

 


Sonia Privat, "les couleurs d'une vie voyagée"

« Enfant, je demandais que l'on m'offre des guides de voyage, des plans et des mappemondes afin de parcourir la terre. Je « m'voyais » déjà en haut de la plus haute marche de l'avion, toisant le tarmac du monde. Très tôt, vers trois ans, le dessin et plus particulièrement le portrait, deviennent bien plus qu’un loisir.

Vers douze ans je décide que je ferai une copie de tous les dessins de Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël. Devant la prétention et l’ampleur de la tâche, après une trentaine de copies, je m’avoue vaincue, mais heureuse d’avoir ainsi appris quelques proportions de l’humain… Peindre encore et toujours ces quelques instants d’éternité… Je recherche la beauté ; pas cette illusion physique imposée par notre société ; plutôt cette envie de montrer la vraie vie, celle qui illumine les visages des enfants, celle qui écrit leur destinée sur le visage des « âgés », celle des « transparents » que l’on croise sans les voir, celle de ceux qui ont respiré l’air de notre temps tout près de moi ou dans de lointaines contrées.

Et parce que la légèreté reste la passerelle obligée de la vie, je note ces petites choses de tous les jours, je fais les jolies poubelles de la vie pour coller tous ces morceaux de poésie sur mes carnets, la grande aventure quoi ! En 2012 je présente à Clermont Ferrand « mon » Zanzibar, sous forme de tableaux, carnets et autoédition du livre « Les fées de Zanzibar » (épuisé). J’y reçois cette année-là, le prix du public. J’y rencontre Marc Wiltz, qui donne une nouvelle impulsion à ma « carrière » en rééditant « Zanzibar, au royaume des fées » chez Magellan & Cie Éditions. En 2013, j’y présente « India Express » également édité sous forme de livre par Magellan & Cie. Suivront « Marrakech, Les pigments dans la peau », « Silhouettes », « Katmandou, des dieux et des hommes », « Gorée, symboles du Sénégal ...

 

L’amour du voyage allié aux rencontres et à la peinture est désormais mon unique inspiration. Et comme dans tous les pays que je fréquente, je voyage en tongs ! Cela ne signifie pas que je n'ai jamais froid aux pieds... Ou pas d'angoisse de me cogner les orteils aux écueils de la vie. J'ai simplement décidé de traverser notre si courte vie comme sur une longue plage de sable fin. »

Sonia Privat

 

Louis-Marie Blanchard